Mi-juin dans le Vaucluse, c’est ce moment précis où tout est parfait mais où personne n’en parle encore. Les températures tournent autour de 24-26°C, la lavande commence à bleuir autour d’Apt, les marchés débordent de cerises et les villages sont… calmes. Vraiment calmes. Parce que le grand déferlement estival, lui, arrive mi-juillet. Ce créneau de quelques semaines, les habitués le connaissent bien et le gardent jalousement. On le partage quand même, parce que le Vaucluse mérite mieux que d’être résumé à Gordes en août et à la queue devant le Palais des Papes.
Sommaire
- 1. Saignon, le nid d’aigle au-dessus d’Apt
- 2. Les gorges de la Nesque, le canyon que personne ne connaît
- 3. Le Colorado provençal de Rustrel à l’aube
- 4. Pernes-les-Fontaines et ses 40 fontaines
- 5. Brantes, suspendu face au Ventoux
- 6. Cucuron et son bassin qui rend fou
- 7. La pré-floraison de la lavande autour d’Apt
- 8. Oppedette, le vertige sur les gorges du Calavon
- 9. Ansouis, le plus méconnu des « Plus Beaux Villages »
- 10. Le marché bio de Coustellet, dimanche matin
- Juin est la meilleure fenêtre : 24-26°C en journée, 0 file d’attente, prix de l’hébergement encore raisonnables
- La lavande commence à fleurir dès la mi-juin autour d’Apt, sans la cohue de juillet
- Ces 10 spots évitent intentionnellement Gordes, Roussillon et le Palais des Papes
- Le Vaucluse compte 6 388 hectares de lavande répartis sur 441 exploitations
- Certains de ces villages comptent moins de 1 000 habitants
1. Saignon, le nid d’aigle au-dessus d’Apt
Le truc avec Saignon, c’est que tout le monde passe en bas à Apt un samedi matin pour le marché (le plus grand du Luberon, à juste titre), et personne ne lève les yeux vers le rocher qui surplombe la ville. Pourtant là-haut, à 450 mètres d’altitude, il y a un village de 912 âmes qui n’a presque pas changé depuis le Moyen Âge. Les ruelles en pierre sèche grimpent, les maisons se resserrent, et au sommet de la roche de Bellevue, 35 mètres de calcaire offrent un panorama qui court jusqu’au Mont Ventoux par temps clair.
En juin, la balade depuis Apt jusqu’au village (6 km aller, dénivelé de 200 mètres) traverse des vergers de cerisiers en pleine production. La cerise du Vaucluse, c’est la spécialité de juin, et ici on la cueille encore à la main. Quelques producteurs vendent directement au bord du chemin pour 3 à 4 € le kilo. Le résultat est sans appel : irréprochable.
Bon à savoir : le marché d’Apt se tient chaque samedi matin. En juin, on y trouve cerises, fraises de garrigue, fromages de chèvre frais et huile d’olive nouvelle. Arriver avant 9h pour éviter l’affluence et profiter des meilleurs stands.
2. Les gorges de la Nesque, le canyon que personne ne connaît
Franchement, c’est le plus gros secret du Vaucluse. Tout le monde cite les gorges du Verdon, beaucoup moins les gorges de la Nesque, qui s’étendent pourtant sur 20 kilomètres de falaises calcaires atteignant 400 mètres de profondeur entre Monieux et Méthamis. La route qui longe le canyon est vertigineuse, les belvédères sont quasi déserts en juin, et le sentier qui descend au fond des gorges ne figure sur quasiment aucun guide grand public.
Au départ de Venasque (lui-même classé « Plus Beaux Villages de France »), il existe un circuit de 8 km en 3h30 qui plonge dans le fond du canyon. On marche le long de la Nesque, on entend les faucons pèlerins nicher dans les falaises, et en juin le débit de la rivière est encore suffisant pour trouver des vasques où se rafraîchir. À 11h du matin en juillet, ce sentier est impraticable de chaleur. En juin, c’est parfait.
À retenir : la route des gorges de Monieux à Méthamis (D942) fait environ 21 km. Plusieurs belvédères sont aménagés avec parking gratuit. Prévoir de l’eau, car il n’y a aucun commerce sur le trajet.
3. Le Colorado provençal de Rustrel à l’aube
Oui, Rustrel est mentionné dans tous les guides. Mais voilà le truc que ces guides omettent systématiquement : en juillet-août, il y a des centaines de personnes sur les sentiers dès 9h et le parking déborde. En juin, avant 8h du matin, on est seul. Vraiment seul. Les ocres passent du jaune pâle au rouge profond dans la lumière rasante de l’aube, et les formations appelées « cheminées de fées » projettent des ombres longues sur le sol coloré.
Le site est ancien : les carrières d’ocre ont été exploitées depuis la fin du XVIIe siècle, et les strates de couleur racontent des millions d’années de dépôts sédimentaires d’une ancienne mer. Le circuit en boucle de 13 km avec 350 mètres de dénivelé prend 4 heures et traverse plusieurs ambiances distinctes : forêt de pins, cheminées ocres, versants blancs. En juin, la température à 7h du matin tourne autour de 15°C. Un bonheur.
À savoir : le parking est payant (environ 5 €). Les « cheminées de fées » sont interdites d’accès en raison d’éboulement. Rester sur les sentiers balisés.
4. Pernes-les-Fontaines et ses 40 fontaines
Entre L’Isle-sur-la-Sorgue (hyper touristique) et Carpentras (sous-estimé), Pernes-les-Fontaines dort tranquillement avec ses 40 fontaines médiévales réparties dans les ruelles. C’est absurde, cette densité. Une ville de 10 500 habitants avec plus de fontaines que la plupart des grandes capitales régionales. La plus ancienne, la tour Ferrande du XIIIe siècle, cache des fresques médiévales parmi les mieux conservées du Sud de la France.
En juin, l’office de tourisme propose des visites guidées à pied pour 5 € (gratuit pour les moins de 18 ans). On traverse les remparts, les passages voûtés, les places ombragées. Le tout sans l’atmosphère de foire qui caractérise L’Isle-sur-la-Sorgue les dimanches de brocante. Et en bonus : le 4 juin 2026, le domaine de la Camarette organise un atelier assemblage de vins à 18h30 (50 € par personne, sur réservation) — la soirée rêvée pour compléter la journée.
5. Brantes, suspendu face au Ventoux
Il y a des villages perchés, et il y a Brantes. Accroché à la montagne de Blaye sur le flanc nord du Ventoux, le village est littéralement suspendu au-dessus de la vallée du Toulourenc, les maisons coincées contre la roche comme si elles tenaient par habitude plutôt que par physique. Moins de 100 habitants à l’année. Des calades pavées si étroites qu’une valise à roulettes y serait une insulte. Des ruines d’un château féodal en haut, une chapelle à mi-chemin, et une église qui surplombe tout.
La vue sur le Ventoux depuis Brantes est différente de toutes les autres : on voit le versant nord, sévère et forestier, celui que les coureurs du Tour de France redoutent plus que le versant Bédoin. En juin, les cerisiers en fleur autour du village ajoutent un contraste violent entre le blanc des pétales et le blanc du sommet encore partiellement enneigé certaines années. C’est un de ces endroits qui font se demander comment personne n’en parle.
6. Cucuron et son bassin qui rend fou
Cucuron, c’est une pépite qu’il faut prendre le temps de découvrir selon tous les Provençaux qui s’y sont perdus. Le village du Luberon est classé « un des plus beaux villages du Vaucluse » par des gens qui savent de quoi ils parlent. Mais c’est surtout son grand bassin-fontaine public qui coupe le souffle : alimenté par des sources naturelles depuis des siècles, il sert aujourd’hui de point central de la vie du village, ombragé par des platanes centenaires.
Le mardi matin, le marché local s’installe autour du bassin. On y trouve du fromage de brebis des Alpilles, de l’huile d’olive de première pression, des tomates anciennes que les grandes surfaces ne proposeront jamais. Cucuron est aussi le point de départ idéal pour des randonnées dans le massif du Luberon, avec des sentiers accessibles à tous les niveaux dès la place du village.
| Village | Habitants | Atout principal | Marché local |
|---|---|---|---|
| Saignon | 912 | Vue panoramique sur Apt et Ventoux | Apt (samedi) |
| Cucuron | ~1 700 | Grand bassin médiéval, marché authentique | Mardi matin |
| Ansouis | 1 066 | Château meublé et habité, 2 musées | Apt (samedi) |
| Pernes-les-Fontaines | 10 504 | 40 fontaines médiévales, tour Ferrande | Mercredi et samedi |
7. La pré-floraison de la lavande autour d’Apt
Bon, maintenant la vraie question que tout le monde se pose : « est-ce qu’il y a de la lavande en juin ? » La réponse honnête : ça dépend. Autour d’Apt, la floraison démarre dès la mi-juin, et c’est là que ça devient intéressant. Les champs commencent à bleuir — pas encore l’explosion totale de juillet, mais cette teinte intermédiaire, entre vert et violet, que les photographes appellent « l’heure de la pré-floraison ».
Le Vaucluse compte 6 388 hectares de lavande et lavandin sur 441 exploitations. Sur le plateau de Sault (à 760 mètres d’altitude, au pied du Ventoux), la floraison est plus tardive : fin juin au mieux, mi-juillet en général. C’est justement ce décalage qui est une aubaine pour juin : on peut voir les champs autour d’Apt commencer à fleurir sans la foule, puis anticiper les champs de Sault pour un retour en juillet. Deux visites pour le prix d’une. Pas mal.
Règle d’or : ne jamais entrer dans les champs ni cueillir les brins. La lavande, c’est le revenu de familles d’agriculteurs. Des bouquets frais ou secs sont vendus dans les distilleries et sur les marchés, pour bien moins cher qu’on ne le croit.
8. Oppedette, le vertige sur les gorges du Calavon
Oppedette est le genre de village qui fait tourner la tête, littéralement. Le village est suspendu au bord des gorges du Calavon, les maisons serrées contre son église donnent directement sur le vide. C’est peut-être le plus inaccessible des villages perchés du Luberon, et ça se voit : les ruelles pavées qu’on appelle ici des « calades » demandent un effort sérieux pour les gravir, et la vue depuis le haut du village sur les gorges qui plongent en dessous est quelque chose qu’on n’oublie pas facilement.
Ce qui rend Oppedette particulièrement marquant : Consuelo de Saint-Exupéry, femme de l’auteur du Petit Prince, y séjourna avec des amis. Il paraît qu’elle y aimait le silence total des nuits sans lumière artificielle. En juin, ce silence existe encore. Pas en août.
9. Ansouis, le plus méconnu des « Plus Beaux Villages »
Ansouis est officiellement classé « Plus Beaux Villages de France », ce qui normalement garantit une fréquentation touristique décente. Sauf que là, lors d’une visite en dehors des grandes vacances, le calme est presque déconcertant. 1 066 habitants, des ruelles labyrinthiques au-dessus de la plaine de la Durance, un château meublé et habité depuis des siècles (visite guidée possible), deux musées dont le surprenant musée des arts et métiers du vin.
La vue depuis le village sur les vignes et la plaine en contrebas change selon l’heure : le matin, la lumière rasante fait briller les rangs de vigne ; le soir, le soleil descend sur les Alpilles à l’horizon. En juin, les vignes sont dans leur phase de croissance rapide : les feuilles sont d’un vert presque agressif, et certains domaines commencent à ouvrir leurs portes pour des visites-dégustations à partir de 15 €.
10. Le marché bio de Coustellet, dimanche matin
Dernier spot, et celui-là c’est peut-être le plus simple : le marché bio dominical de Coustellet. Entre Cavaillon et Gordes, ce marché du dimanche matin est la référence des producteurs locaux du Luberon. On y trouve exclusivement des produits issus de l’agriculture biologique locale : fromages de chèvre affinés à la ferme, huiles d’olive de première pression à froid, légumes de saison cueillis la veille, miels de garrigue, vins nature.
Ce qui différencie Coustellet des autres marchés : les producteurs sont là en personne. Pas d’intermédiaires, pas de reveneurs. Le maraîcher du Luberon qui a planté ses tomates en mars est devant ses cagettes à 8h du matin. La courgette ronde qu’il propose n’a pas transité par une plateforme logistique. Elle vient d’un champ à 12 km. En juin, les premiers melons cavaillons commencent à apparaître, annonciatrices d’un été qui arrive sans se presser.
Infos pratiques Coustellet : marché bio tous les dimanches matin jusqu’à 13h. Gratuit et en accès libre. Prévoir des sacs réutilisables. Les meilleurs stands partent avant 10h30.
Le Vaucluse de juin n’est pas le Vaucluse des cartes postales à touristes. C’est plus brut, plus silencieux, parfois plus contraignant (quelques routes encore fermées après les pluies de printemps), mais infiniment plus généreux. Les gens qui vivent là sont encore disponibles pour une conversation dans un bar, pour indiquer un chemin de traverse qui ne figure sur aucune application. Ce créneau de quelques semaines avant l’été, c’est le moment où le Vaucluse s’appartient encore un peu. Profitez-en.










