Gordes : pourquoi ce village du Vaucluse a été élu plus beau du monde (et comment en profiter sans se faire piéger)

Gordes village du Vaucluse a été élu plus beau du monde

En 2023, le magazine américain Travel + Leisure a lâché sa bombe : parmi tous les villages de la planète, c’est un bout de Provence de 2 000 âmes qui décroche la palme. Devant le Japon, devant les Pays-Bas, devant à peu près tout. Le truc, c’est que les habitants du Vaucluse, eux, le savent depuis longtemps. Gordes, perché à 340 mètres sur son éperon rocheux des Monts de Vaucluse, fascine depuis des siècles : des armées romaines aux peintres du XXe siècle en passant par les moines cisterciens. Voilà ce qu’il faut vraiment savoir avant d’y aller.

  • Gordes est officiellement le plus beau village du monde selon Travel + Leisure (février 2023), devant Shirakawa-go au Japon et Giethoorn aux Pays-Bas
  • Le site est occupé depuis la préhistoire : l’oppidum romain, le château du Xe siècle remanié à la Renaissance, les bories en pierre sèche
  • L’abbaye de Sénanque, fondée en 1148, reste un monastère cistercien actif avec des moines qui y vivent encore
  • Évitez juillet-août en pleine journée : 1,5 million de visiteurs par an, parking saturé dès 9h30 en haute saison
  • À 45 minutes de Marseille, 30 minutes d’Avignon, 1h de Nice

Le titre qui change tout

Franchement, quand Travel + Leisure a publié son classement mondial en février 2023, beaucoup ont haussé les sourcils. Gordes, vraiment ? Soyons honnêtes : le village était déjà labellisé « plus beau village de France » depuis des années, il accueillait Marc Chagall, Victor Vasarely et André Lhote dès les années 1950, des artistes qui n’étaient pas du genre à s’installer n’importe où. Mais le titre mondial, c’est autre chose.

Ce qui a fait pencher la balance, selon les critères du magazine, c’est la combinaison rare d’un site géographique spectaculaire (le village surgit littéralement d’un rocher, on ne le voit pas avant d’être à quelques virages), d’une architecture homogène en pierre blonde préservée depuis le Moyen Âge, et d’un environnement naturel exceptionnel : le Parc naturel régional du Luberon d’un côté, les Monts de Vaucluse de l’autre. C’est cette combinaison que les 2e et 3e du classement (Shirakawa-go au Japon et Giethoorn aux Pays-Bas) n’ont pas pu concurrencer sur tous les tableaux.

Bon à savoir : Gordes n’est pas administrativement une « ville » mais une commune de 2 012 habitants (recensement 2021). Dans le Vaucluse, la question « plus belle ville » oppose souvent Gordes (beauté absolue) à Avignon (puissance historique et culturelle). Ce sont deux catégories différentes : l’une est un bijou médiéval perché, l’autre est une capitale médiévale avec le Palais des Papes, plus grande construction gothique du Moyen Âge.

Ce que cache vraiment Gordes

La plupart des visiteurs arrivent, font la photo depuis la place du Château, repartent. Dommage. Gordes, c’est au moins sept niveaux de profondeur. Littéralement.

Sous le village, les Caves du Palais Saint-Firmin dévoilent un monde souterrain méconnu : moulins à huile d’olive, silos, citernes, galeries creusées dans la roche calcaire. Les artisans du village y travaillaient pendant que les soldats défendaient les remparts au-dessus. C’est là qu’on comprend vraiment comment fonctionnait l’économie rurale provençale au Moyen Âge. Sans tableau explicatif ni reconstitution plastique, juste les pierres.

  • Le château (Xe siècle, remanié XVIe) : il domine la place principale, abrite l’Hôtel de Ville et le musée Pol Mara dédié à l’art contemporain
  • Les ruelles caladées : ces passages pavés de galets ronds servaient de coupe-vent contre le Mistral. Prévoir de bonnes chaussures, ça grimpe sérieusement
  • Le Village des Bories : à 4 km du bourg, un ensemble de cabanes en pierre sèche construites sans mortier, classé Monument historique et musée d’habitat rural unique en Europe
  • Le Moulin des Bouillons : un moulin à huile et à verre, également classé, qui remonte au IVe siècle

Ce qui tue vraiment à Gordes, c’est la lumière. Le matin, entre 7h et 9h, la pierre blonde s’embrase dans un or qui rend fous les photographes. C’est pour ça que Chagall s’y est installé dans les années 1950, que Vasarely y a ouvert son musée, que Willy Ronis y a planté son objectif. La lumière du Luberon à cette heure-là, c’est une chose qui s’explique mal.

L’abbaye de Sénanque, le secret bien gardé

Voilà où ça devient vraiment intéressant. À 4 km de Gordes, blottie au fond d’un vallon étroit qu’on appelle le vallon de Sénancole, l’abbaye de Sénanque surgit au milieu des champs de lavande. La carte postale la plus reproduite de Provence, probablement.

Mais le truc, c’est que c’est un monastère actif. Des moines cisterciens y vivent, y prient, y travaillent. Fondée en 1148, l’abbaye a survécu aux guerres de religion, aux révolutions, à deux fermetures forcées au XIXe siècle. Elle produit aujourd’hui du miel, de la lavande et des calissons que les frères vendent sur place.

Conseil : La lavande de Sénanque fleurit généralement entre fin juin et mi-juillet, pas en août comme beaucoup le croient. En dehors de cette période, l’abbaye reste magnifique mais les champs sont verts ou secs. Appelez avant de venir pour vérifier l’état de la floraison : +33 (0)4 90 72 05 72. Les visites guidées sont organisées par les moines eux-mêmes, c’est une expérience totalement différente des visites touristiques classiques.

Gordes vs ses rivaux du Vaucluse

Bon, maintenant la vraie question : est-ce que Gordes mérite vraiment son statut de numéro 1, ou est-ce qu’il y a des alternatives moins bondées qui valent autant le détour ? Honnêtement, ça dépend de ce qu’on cherche.

Village / VillePoint fortPoint faibleIdéal pour
GordesVue, architecture, abbaye de SénanqueTrès touristique en été, prix élevésLa photo qui tue, l’expérience totale
RoussillonFalaises d’ocre, 17 nuances uniques en EuropePetit, vite faitLes couleurs, les couchers de soleil
MénerbesAuthenticité, vignes, galeries d’artMoins spectaculaire visuellementFuir la foule, l’art, le vin
AvignonPalais des Papes, remparts, FestivalC’est une ville, pas un villageLa culture, l’histoire pontificale
Vaison-la-RomaineVestiges romains uniques, pont médiévalMoins connu, donc sous-estiméLes amateurs d’archéologie

Roussillon, classé elle aussi parmi les plus beaux villages de France, mérite une mention spéciale. Bâtie sur le plus grand gisement d’ocre d’Europe, elle offre une expérience chromatique que Gordes ne peut pas concurrencer : les ocriers du XIXe siècle extrayaient jusqu’à 17 nuances différentes du pigment naturel. Le Sentier des Ocres, à faire impérativement en fin d’après-midi quand la lumière oblique enflamme les falaises, dure environ 35 minutes et coûte 3 euros.

Comment visiter sans se faire noyer

Chaque année, 1,5 million de personnes visitent Gordes. En juillet et août, le parking principal est saturé dès 9h30 du matin. Les ruelles, qui font la beauté du village, deviennent des bouchons humains entre 11h et 17h. C’est le paradoxe classique du village « préservé » qui attire tant de monde qu’il risque de ne plus l’être.

La vraie stratégie, celle qu’aucun guide ne dit clairement :

  • Arriver avant 8h ou après 18h : le village appartient alors à une poignée de promeneurs, la lumière est parfaite, les terrasses de café sont calmes
  • Se garer au parking bas et monter à pied les 10 minutes de montée : on voit le village apparaître progressivement, c’est l’effet le plus saisissant
  • Éviter le week-end de Pâques et les ponts de mai : pire que le mois d’août en terme de rapport fréquentation/plaisir
  • Septembre-octobre reste la meilleure période : lumière exceptionnelle, températures à 20-22°C, fréquentation réduite de 40% par rapport à l’été
Infos pratiques : Gordes se trouve à 30 minutes d’Avignon, 45 minutes de Marseille-Provence (aéroport), 2h40 de Paris en TGV jusqu’à Avignon puis voiture. Il n’existe pas de transport en commun direct depuis Avignon : la voiture est indispensable. Compter 3 à 4 heures pour une visite complète incluant les Bories et le Moulin des Bouillons.

Les pépites à moins de 20 km

C’est peut-être l’argument le plus fort pour choisir Gordes comme base : dans un rayon de 20 kilomètres, le Vaucluse concentre une densité de sites exceptionnels qu’on ne trouve nulle part ailleurs en France.

  • Fontaine-de-Vaucluse (15 km) : la source la plus puissante de France (600 millions de m³ par an), 5e mondiale. Au pied d’une falaise de 230 mètres, le spectacle est saisissant en hiver et au printemps quand la source est en crue
  • Roussillon (15 km) : les falaises d’ocre, le Sentier des Ocres, les maisons aux façades terracotta
  • L’Isle-sur-la-Sorgue (20 km) : la « Venise provençale » avec ses canaux et son marché aux antiquités. Le dimanche, c’est l’un des plus grands marchés d’antiquités d’Europe
  • Ménerbes (18 km) : le village des artistes, entre vignes et oliviers, avec ses galeries et ses artisans
  • Bonnieux (20 km) : ses deux églises superposées, sa vue plongeante sur le Luberon et le Mont Ventoux

Le Vaucluse, c’est ça : on pensait passer une journée à Gordes, on y revient cinq fois. Parce qu’entre la lumière qui change à chaque saison, les villages qui se dévoilent au détour d’un chemin creux, et une gastronomie qui joue dans la cour des très grands (tapenade, vins des Côtes du Ventoux, melons de Cavaillon, truffes du Luberon), on ne fait jamais vraiment le tour. Et quelque part, c’est ça, le vrai luxe.

Image originale : © Jean-Marc Rosier (cjrosier.com), village de Gordes, 2006. Modifiée. Licence CC BY-SA 3.0.

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