Le Rocher des Deux Trous : la rando secrète des Alpilles que Van Gogh a peinte avant vous

DeuxTrous

Un mur de calcaire blanc, deux ouvertures percées par le vent depuis des millénaires, et derrière elles, la Méditerranée par temps clair, le Mont Ventoux au nord, et toute la plaine provençale suspendue entre ciel et garrigue. Ce n’est pas une carte postale. C’est ce que vous verrez au bout de deux heures de marche au départ de Saint-Rémy-de-Provence, sur un sentier que Van Gogh arpentait en 1889 entre deux crises, carnet de croquis sous le bras. Le Rocher des Deux Trous fait partie de ces endroits qui restent. Voici pourquoi, et surtout comment y aller sans se louper.

En bref : le rocher des Deux Trous en chiffres

  • Distance : 7 à 8 km (boucle)
  • Dénivelé positif : environ 260 m
  • Durée : 2h à 3h, arrêts non compris
  • Difficulté : modérée — quelques passages rocheux
  • Départ : parking du monastère de Saint-Paul-de-Mausole
  • Accès restreint : du 1er juin au 30 septembre selon risque incendie

Le secret géologique derrière les deux trous

On pourrait croire que ces deux ouvertures ont été taillées par des carriers romains. Faux. C’est le vent qui a fait ce travail, sur des millions d’années. Le rocher des Deux Trous est un phénomène d’érosion éolienne dans la roche calcaire des Alpilles — un massif né du plissement alpin, composé de calcaires jurassiques déposés il y a plus de 150 millions d’années. Les crêtes ont été sculptées par les vents dominants jusqu’à créer ces deux yeux dans la pierre, à 307 mètres d’altitude.

Les deux orifices ne font pas la même taille. Le premier, plus large, cadre parfaitement la vallée de Saint-Rémy. Le second, plus haut, laisse passer un rectangle de ciel bleu. Placez-vous légèrement en contrebas des trous pour obtenir la photo qui tue — le ciel s’encadre entre les parois calcaires comme dans un viseur géant. Ce spot, les photographes locaux le gardent jalousement pour eux.

Bon à savoir : le Rocher des Deux Trous se trouve dans le Parc naturel régional des Alpilles, protégé par un Arrêté préfectoral de biotope. Le plateau de la Caume voisin abrite buses, faucons crécerelles et le rare Chouca des tours. Restez sur les sentiers balisés.

L’itinéraire pas à pas

Le départ le plus logique : le parking du monastère de Saint-Paul-de-Mausole, gratuit, au sud de Saint-Rémy. Depuis les Antiques de Glanum, c’est également possible — les deux points de départ convergent rapidement sur le même chemin.

ÉtapeDistanceRepère
Parking Saint-Paul-de-Mausole0 kmDépart (103 m)
Vallon de Saint-Clerg0,8 kmSentier botanique balisé
Ruines de la chapelle romane1,5 kmBifurcation Mont Gaussier / Deux Trous
Rocher des Deux Trous2,8 kmPoint culminant (307 m)
Retour (boucle)7-8 kmVia le vallon ou la Caume

Le sentier longe d’abord les flancs du site antique de Glanum, puis des anciennes carrières creusées sur plus de 20 mètres dans la paroi calcaire. On entre ensuite dans le vallon de Saint-Clerg, dont les gorges démarrent étroites avant de s’ouvrir en un large couloir ombragé. Des panneaux illustrés identifient la flore méditerranéenne tout le long (romarin, pistachier lentisque, buis, chêne kermès).

Attention au balisage : la bifurcation vers le Rocher des Deux Trous est discrète — guettez le panneau juste avant une intersection. Sans repère, vous filerez vers le Mont Gaussier. Téléchargez une trace GPX avant de partir.

Van Gogh sur ce sentier : ce qu’on sait vraiment

Van Gogh arrive à Saint-Paul-de-Mausole en mai 1889. Il a 36 ans, il sort de l’épisode d’Arles, et il est interné volontairement dans ce monastère converti en asile psychiatrique. Ce qu’on oublie souvent : pendant ses 12 mois sur place, il peint plus de 150 toiles, sort régulièrement dans les Alpilles avec un surveillant, et représente ces crêtes calcaires dans plusieurs tableaux de la série des Oliviers. On reconnaît la silhouette du Rocher des Deux Trous en arrière-plan — pas nommé explicitement, mais là.

Voilà le truc qui me tue avec ce sentier : vous marchez probablement dans ses traces sans vous en rendre compte. Même chemin depuis le monastère, mêmes pierres blanches, même lumière rasante en fin d’après-midi sur les falaises. C’est une façon assez dingue de faire de l’histoire.

Le panorama selon les saisons

Les Alpilles séparent deux mondes distincts, et depuis les crêtes, on les voit tous les deux simultanément. Vers le sud : la plaine de la Crau, les étangs de Camargue, et par temps clair (après un mistral de la veille, typiquement), la Méditerranée à une cinquantaine de kilomètres. Vers le nord : Saint-Rémy dans ses platanes, la Montagnette, le Mont Ventoux qui domine tout à 1912 mètres.

La lumière de fin d’après-midi est spectaculaire. Plusieurs habitués font la rando uniquement pour le coucher de soleil vu à travers les trous — le calcaire vire à l’orange, le ciel devient rose sur la plaine. Apéro improvisé sur la crête : c’est une tradition locale qui mérite d’être adoptée.

Ce qu’il faut savoir avant de partir

Règle numéro 1 : vérifier l’accès la veille. Le massif est soumis à une réglementation préfectorale du 1er juin au 30 septembre. Selon le niveau de risque incendie, les accès peuvent être totalement fermés aux piétons. Consultez la préfecture des Bouches-du-Rhône ou l’appli « Massifs en feu » avant de charger vos chaussures.

  • Chaussures : randonnée avec semelle crantée — le calcaire est abrasif et coupant, les baskets légères finissent en lambeaux
  • Eau : minimum 1,5 litre par personne, aucune source sur le parcours
  • Meilleure période : avril-juin et septembre-novembre. L’été, chaleur + restrictions = galère
  • Ombre : le vallon est bien ombragé, les crêtes pas du tout
  • Chiens : acceptés en laisse, mais les passages rocheux peuvent coincer selon la morphologie de l’animal

Comment prolonger la journée

La rando dure 2h30 au rythme normal. Il reste de la journée, et les alentours valent le détour.

  • Le site de Glanum : cité gréco-romaine du 1er au 3e siècle, arc de triomphe et mausolée encore debout. Entrée autour de 8 €, visite en 1h
  • Saint-Paul-de-Mausole : la chambre de Van Gogh reconstituée, le cloître roman du 12e siècle, le jardin peint des dizaines de fois. Touchant et pas cher (5 €)
  • Le Mont Gaussier : variante depuis les ruines de la chapelle — échelles métalliques rénovées, sentier aérien, vues vertigineuses. Déconseillé aux personnes sujettes au vertige, recommandé à tout le monde sinon

Le Rocher des Deux Trous, c’est ce genre d’endroit dont on parle peu parce que ceux qui le connaissent préfèrent garder le secret. La formation calcaire est unique dans les Alpilles, le panorama fait partie des plus larges du massif, et le chemin pour y arriver mêle histoire romaine, botanique méditerranéenne et traces d’un peintre génial en pleine reconstruction. Deux heures de marche pour ça — honnêtement, c’est donné.

Le rocher des Deux Trous, Saint-Rémy-de-Provence —
SuperZebra,
CC BY-SA 3.0,
via Wikimedia Commons

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