L’Andalousie vient d’ajouter une corde à son arc le plus vertigineux. Depuis le 10 juin 2026, les randonneurs du Caminito del Rey traversent une passerelle flambant neuve de 110 mètres, accrochée à une cinquantaine de mètres au-dessus de la gorge du Guadalhorce. C’est officiellement le plus long pont suspendu d’Espagne dans sa catégorie. Le président andalou Juanma Moreno l’a inauguré la veille en lâchant une phrase qui claque : ce sentier appartient désormais « au patrimoine de l’Europe et de toute l’humanité ». Rien que ça. Derrière l’effet carte postale se cache pourtant une histoire bien plus maligne qu’un simple coup de com touristique.
L’essentiel en 30 secondes
- 110 mètres de long : le plus long pont suspendu d’Espagne dans sa catégorie.
- Ouvert au public depuis le 10 juin 2026, à environ 50 mètres au-dessus de la gorge.
- 1,5 million d’euros, financés par les recettes générées par le site lui-même.
- Le chemin historique reste accessible pour les puristes.
110 mètres dans le vide : les chiffres qui filent le tournis
Commençons par le morceau qui fait peur. La nouvelle passerelle mesure 110 mètres de long pour une largeur de passage d’à peine 1,2 mètre. Traduction : on avance en file indienne, avec le vide de chaque côté. La hauteur grimpe à une cinquantaine de mètres au-dessus du sol.
Côté technique, ça force le respect. Plus de 1 100 mètres de câbles d’acier retiennent une passerelle en bois coiffée d’une couverture métallique. Le tablier seul pèse 17 tonnes, et l’ensemble de la structure atteint 38 tonnes. Pour acheminer tout ça dans une gorge où aucune route n’arrive, il a fallu des grimpeurs professionnels et des hélicoptères. Du grand sport.
| Caractéristique | Pont historique (2015) | Nouveau pont (2026) |
|---|---|---|
| Longueur | ≈ 30 mètres | 110 mètres |
| Hauteur | ≈ 105 mètres | ≈ 50 mètres |
| Largeur de passage | ≈ 1 mètre | 1,2 mètre |
| Statut | Point culminant du parcours | Le plus long d’Espagne |
Du sentier le plus mortel du monde à la machine à 64 millions
Voilà le truc que peu de visiteurs connaissent. Avant d’être un spot à selfies, le Caminito traînait une réputation sinistre : « le chemin le plus dangereux du monde ». Construit entre 1901 et 1905 pour relier deux centrales hydroélectriques, il doit son nom au roi Alphonse XIII, qui l’a emprunté en 1921 pour inaugurer un barrage. Puis le béton s’est effrité, des randonneurs y ont laissé la vie, et le site a fermé ses portes en 2000.
Rouvert en 2015 après une lourde restauration, il a depuis accueilli plus de 3,2 millions de visiteurs, soit une moyenne de 330 000 personnes par an. Le bilan économique a de quoi faire pâlir bien des stations balnéaires : 64 millions d’euros de retombées en 2024, 685 emplois directs et indirects, et même le chômage local en recul de 11 %. Plus de la moitié des marcheurs viennent de l’étranger. Pas mal pour un vieux chemin de service au fond d’une vallée andalouse.
Pourquoi ce pont est d’abord une histoire de sécurité
Soyons honnêtes : on vous vend ce pont comme une dose d’adrénaline, mais sa vraie raison d’être est beaucoup plus terre à terre. Une étude géologique menée par les universités de Grenade et de Jaén a tiré la sonnette d’alarme sur la fin du parcours, jugée trop exposée aux chutes de pierres. La parade ? Créer un itinéraire alternatif qui contourne la zone fragile.
Bonus pour les jambes : ce nouveau tracé fait économiser près d’un kilomètre de descente sur un terrain casse-pattes. Et que les nostalgiques se rassurent, le chemin d’origine reste ouvert à ceux qui veulent l’itinéraire des pionniers.
C’est quoi, au juste, un pont suspendu ?
Un pont suspendu, c’est un ouvrage dont le tablier (la partie où l’on pose les pieds) est tenu par des câbles d’acier ancrés de part et d’autre du vide, et non par des piliers plantés au sol. C’est ce qui permet de franchir une gorge profonde sans rien construire en bas. Concrètement, vous marchez sur quelque chose qui ne touche le rocher qu’à ses deux extrémités. D’où la sensation de flotter.
Avant de boucler vos chaussures : le mode d’emploi
Le Caminito ne se visite pas à l’arrache. Le parcours complet relie Ardales à Álora sur 7,7 kilomètres, pour 3 à 4 heures de marche en sens unique, du nord vers le sud. Casque obligatoire, fourni à l’entrée. Voici l’essentiel à caler avant de partir :
- Réservez à l’avance. Les créneaux partent vite et l’accès se fait toutes les demi-heures, par petits groupes.
- Chaussures fermées exigées. Le personnel vérifie au poste de contrôle, les tongs restent à l’hôtel.
- Le vertige, ça ne pardonne pas. Certains passages frôlent les 100 mètres au-dessus du fleuve. À éviter si vous avez le tournis facile.
- Levez les yeux. Les vautours fauves tournoient au-dessus de la gorge, l’envergure de leurs ailes vaut le coup d’œil.
Le bon plan
Visez le tout premier ou le tout dernier créneau de la journée. Moins de monde sur les passerelles, lumière dorée pour les photos, et températures plus clémentes en plein été andalou. Vos mollets et votre appareil photo vous diront merci.
Bon à savoir
Le site est désormais accessible en train depuis Málaga, ce qui évite le casse-tête du parking et des navettes. Et il vise une inscription au patrimoine de l’UNESCO, une candidature soutenue par des figures locales comme l’acteur Antonio Banderas. La phrase de Juanma Moreno sur le « patrimoine de l’humanité » n’est donc pas qu’une formule en l’air.
Bref, le Caminito del Rey continue de jouer sa partition : transformer un sentier de service oublié en cathédrale d’acier et de bois suspendue dans le vide. Ce nouveau pont n’est qu’un chapitre de plus dans cette renaissance andalouse, à la fois prouesse d’ingénierie et coup de génie économique. Si vous passez du côté de Málaga cet été, gardez une demi-journée et un brin de cran. La vue, elle, ne triche jamais.
Photo :
Malopez 21,
via Wikimedia Commons,
sous licence CC BY-SA 4.0.










