Perché sur les rives de la rivière d’Auray, le port de Saint-Goustan n’est pas juste une escale pour les plaisanciers ou un décor de carte postale. C’est un lieu où les pierres racontent des siècles d’aventures maritimes, où les marées rythment encore la vie, et où chaque coin de rue cache une anecdote. Si vous cherchez un endroit qui mêle l’authenticité brute de la Bretagne à une douceur presque méditerranéenne, alors ce petit joyau du Morbihan pourrait bien vous surprendre. Voici une plongée immersive dans son passé, son présent et tout ce qu’il a à offrir.
En bref
- Un port de plaisance dans le Golfe du Morbihan, au cœur de la Bretagne.
- Une histoire riche, du Moyen Âge au passage de Benjamin Franklin en 1776.
- Des ruelles pavées, des quais animés et une ambiance de village d’artistes.
- Idéal pour les amateurs de voile, de culture et de gastronomie locale.
Des origines médiévales au quai Franklin
Imaginez un gué battu par les vagues, un pont de pierre défiant les courants, et un château aujourd’hui disparu veillant sur une ria tumultueuse. Voilà comment Saint-Goustan a vu le jour, dès le XIIe siècle, à une époque où la mer dictait la fortune des hommes. Ce port, blotti à Auray, doit son nom à un saint discret, Goustan, protecteur des marins – un clin d’œil à ceux qui ont toujours vécu au gré des tempêtes.
Au fil des siècles, il s’est transformé. Les Ducs de Bretagne y ont vu un point stratégique, renforçant ses quais et ses défenses. Puis, en 1776, un certain Benjamin Franklin y pose le pied, détourné par des vents capricieux alors qu’il cherchait Nantes. Ce passage marque le quai qui porte désormais son nom, un ruban de 220 mètres bordant la rivière. Aujourd’hui, ce lieu classé au patrimoine architectural reste un témoin vivant d’une histoire qui oscille entre labeur et légende.
Un port qui respire l’art et la mer
Flâner à Saint-Goustan, c’est marcher sur des pavés usés par des générations de pêcheurs, commerçants et rêveurs. Les maisons à colombages, certaines vieilles de 500 ans, penchent légèrement, comme fatiguées mais fières. L’air sent le sel et le bois humide, et les cris des mouettes accompagnent le clapotis des bateaux amarrés.
Ce port n’est pas figé dans le passé. Il vit, porté par une communauté d’artistes qui y ont trouvé refuge. Des ateliers de peinture aux galeries discrètes, l’âme créative y est palpable. Des noms comme Odilon Redon ou Mathurin Méheut y ont puisé leur inspiration, et aujourd’hui, les visiteurs croisent des plasticiens au détour d’une ruelle. Ajoutez à cela des événements comme la Semaine du Golfe, où voiliers traditionnels envahissent la ria, et vous obtenez un lieu qui vibre toute l’année.
À table : saveurs bretonnes et vue imprenable
Les quais de Saint-Goustan ne seraient pas complets sans leurs terrasses. Ici, on savoure des huîtres du Golfe, charnues et iodées, accompagnées d’un verre de muscadet bien frais. Les crêperies rivalisent d’inventivité, et les poissonneries proposent le fruit des dernières marées. Pour une expérience mémorable, installez-vous face à la rivière au coucher du soleil, quand les reflets dansent sur l’eau.
- Spécialités à goûter : galettes au sarrasin, plateau de fruits de mer, kouign-amann.
- Bon plan : les marchés locaux, où artisans et pêcheurs vendent directement leurs trésors.
- Ambiance : conviviale, avec parfois un musicien jouant un air de biniou en fond.
Naviguer ou explorer : les activités phares
Avec ses 155 emplacements, le port attire les plaisanciers, mais il offre bien plus. Embarquez pour une croisière sur la rivière d’Auray ou le Golfe du Morbihan à bord d’un vieux gréement comme L’Indomptable. Les moins marins préféreront arpenter les sentiers qui longent la ria, entre vasières et forêts moussues.
| Activité | Durée | Niveau |
|---|---|---|
| Croisière dans le Golfe | 2-3 heures | Tous niveaux |
| Randonnée le long de la rivière | 1-2 heures | Facile |
| Visite des ateliers d’artistes | 1 heure | Tous niveaux |
Chaque option révèle une facette différente de ce coin de Bretagne, entre contemplation et frissons maritimes.
Bon à savoir
Le port est soumis aux marées, avec un chenal parfois réduit à 10-20 cm d’eau à marée basse. Les plaisanciers doivent vérifier les horaires (base Port-Navalo + 20 min) et le tirant d’air sous le pont de Kerplouz (14 m max). Pour les gros bateaux (plus de 10 m), un appel à la capitainerie s’impose.
Traces du passé : un patrimoine qui parle
Le pont de pierre à quatre arches, construit au XIIIe siècle, est une star silencieuse. Il a vu passer des charrettes, des révolutionnaires comme Georges Cadoudal – figure chouanne née à Auray – et des tempêtes sans fléchir. Autour, les quais en pierre, les « bouches de pierre » d’amarrage et les façades colorées composent un tableau vivant, protégé comme un trésor national.
Mais tout n’est pas éternel. Le quai Franklin a connu des affaissements – 1902, 1936, 2008 – rappelant que la nature reste maîtresse. Les réparations, comme celles de 2009 à 1,88 million d’euros, montrent l’attachement à ce lieu.
Conseils de voyageur
- Prévoyez des chaussures confortables : les pavés glissent par temps humide.
- Visitez hors saison (mars ou octobre) pour éviter la foule et profiter des lumières douces.
- Apportez un carnet : les détails – un bateau rouillé, une façade penchée – inspirent les croquis.
Un écosystème vivant au bord de l’eau
La rivière d’Auray n’est pas qu’un décor. C’est un refuge pour les oiseaux – aigrettes, hérons – et un passage pour les poissons migrateurs. Les vasières, le varech et les huîtres sauvages accrochées aux quais rappellent que la vie pulse ici, fragile mais tenace. Une balade au crépuscule, quand le silence s’installe, révèle cette harmonie discrète.
Je me souviens d’une fois, en fin d’après-midi, où un pêcheur m’a montré une anguille glissant entre les rochers. « Elles reviennent toujours », m’a-t-il dit avec un sourire. Une leçon de résilience, peut-être.
Saint-Goustan n’est pas un musée à ciel ouvert ni une simple étape touristique. C’est un port qui respire, où les échos du passé se mêlent aux rires des terrasses et au cliquetis des mâts. Avec ses 155 places pour les bateaux, ses ruelles d’un autre temps et ses saveurs qui fleurent bon la Bretagne, il invite à ralentir, à écouter, à goûter. Alors, la prochaine fois que vous longerez le Golfe du Morbihan, laissez-vous tenter par ce détour. Qui sait ? Peut-être y croiserez-vous l’ombre de Franklin ou l’éclat d’une toile en devenir.










