Au cœur de la région Nouvelle-Aquitaine, à la frontière du Lot et de la Dordogne, se dresse un village d’exception. Perché sur une crête rocheuse dominant les vallées verdoyantes, Curemonte déploie ses pierres ocres et ses toits d’ardoise comme un témoignage vivant de l’époque médiévale. Ce petit bourg de Corrèze, habité par à peine 200 âmes, recèle des trésors architecturaux qui lui ont valu sa place parmi les Plus Beaux Villages de France.
- Village perché classé parmi les Plus Beaux Villages de France
- Surnommé le « village des trois » pour ses trois châteaux, églises et fontaines
- Situé sur une crête entre les vallées de la Sourdoire et du Maumont
- Ancien fief de la vicomté de Turenne, prospère entre le XIVe et XVIIe siècle
- Refuge de l’écrivaine Colette pendant la Seconde Guerre mondiale
- Parfait pour une escapade d’une journée combinée avec d’autres villages de la région
Un balcon sur les vallées corrèziennes
La première impression en arrivant à Curemonte est saisissante. Le village s’étire sur une crête étroite offrant des panoramas spectaculaires. D’un côté, la vallée de la Sourdoire déroule ses prairies ponctuées de noyers centenaires, de l’autre, celle du Maumont dessine un paysage bucolique typique du Limousin méridional.
Pour apprécier pleinement cette situation exceptionnelle, rendez-vous au point de vue aménagé sur la route D106 en direction de Branceilles. Une table d’orientation vous aidera à identifier les éléments du paysage, tandis que la silhouette du village se détache sur l’horizon, dominée par ses tours médiévales et son clocher-mur caractéristique.
Parcourir les ruelles de Curemonte à différentes heures de la journée offre un spectacle changeant. Au lever du soleil, les façades se parent d’une lumière dorée qui révèle les détails des pierres taillées. En fin de journée, le soleil couchant embrase les ardoises des toits, créant une atmosphère presque irréelle.
La trilogie médiévale
L’originalité de Curemonte tient dans sa configuration unique en triptyque, lui valant le surnom de « village des trois ». Cette particularité se manifeste dans trois éléments patrimoniaux majeurs qui structurent l’espace et l’histoire de ce lieu singulier.
| Les trois châteaux | Les trois églises | Les trois fontaines |
|---|---|---|
| Saint-Hilaire (XIVe-XVe s.) avec ses tours carrées à mâchicoulis | Saint-Barthélemy (XIIe s.) au cœur du bourg | Fontenelle, source principale du village |
| Les Plas (XVIe s.) reconnaissable à ses tours rondes | Saint-Hilaire de la Combe (XIe s.), une des plus anciennes de Corrèze | Chassang, aux vertus curatives selon la tradition |
| La Johannie (XIVe s.), manoir plus discret près de la halle | Saint-Genest, transformée en musée d’art religieux | Valeyre, aux eaux fraîches réputées néfastes selon la légende |
Flâner dans ce village, c’est parcourir à chaque pas cette configuration triangulaire unique. Depuis la halle du XIXe siècle qui abrite une croix Renaissance, jusqu’aux trois calvaires qui ponctuent le bourg, tout ici semble obéir à cette rythmique ternaire fascinante.
Les châteaux privés ne se visitent généralement pas, mais leurs silhouettes imposantes dominent le paysage urbain. Celui des Plas, avec ses tours rondes élégantes, présente un contraste saisissant avec le Saint-Hilaire aux allures plus défensives. Lors des Journées du Patrimoine ou d’événements culturels estivaux, certains ouvrent exceptionnellement leurs portes.
Dans les pas de Colette
Peu le savent, mais Curemonte a accueilli l’une des plus grandes plumes françaises du XXe siècle. En 1940, fuyant l’avancée allemande, Colette trouve refuge dans ce village reculé, au château de Saint-Hilaire puis à celui des Plas, propriétés de sa fille Colette de Jouvenel, surnommée « Bel Gazou ».
C’est ici, face aux paysages corréziens, que l’écrivaine compose des fragments de son « Journal à Rebours ». Sa sensibilité unique capte l’essence du lieu, la lumière particulière qui baigne les pierres ocres et l’atmosphère intemporelle qui règne dans ces ruelles médiévales.
Aujourd’hui, aucun musée ne commémore ce passage, mais les amateurs de littérature ressentiront une émotion particulière en parcourant les lieux qu’elle a décrits avec tant de justesse : « Ici le temps semble avoir oublié sa course, laissant intact ce village de pierre qui se découpe sur le ciel comme une gravure ancienne. »
Bon à savoir
L’association « Les Amis de Curemonte » propose des visites guidées pour 3€ par personne (minimum 10 personnes). Ces passionnés vous révéleront l’histoire des grandes familles nobles qui ont façonné le village, comme les Curemonte, les Plas et les Escaravage. Pour réserver, contactez-les au moins une semaine à l’avance.
L’église Saint-Hilaire de la Combe, bien que désacralisée, mérite le détour pour ses vitraux contemporains réalisés par un maître verrier japonais, créant un dialogue fascinant entre art médiéval et sensibilité asiatique.
Saveurs du terroir derrière les pierres
Si Curemonte nourrit l’âme par sa beauté, il sait aussi satisfaire les papilles. Derrière sa façade médiévale se cachent quelques trésors gastronomiques qui méritent qu’on s’y attarde.
À l’épicerie « Lou Pe de Grill » (littéralement « Le Pied de Grillon » en occitan), Maurice et Francine perpétuent une tradition locale en élaborant un apéritif doux à base de fleurs de pissenlit. Cette boisson dorée, dont la recette se transmet de génération en génération, capture littéralement le soleil du Limousin dans un verre.
L’épicerie, seul commerce du village, fait office d’échoppes multiples : boulangerie proposant des pains artisanaux, épicerie fine avec confitures et produits fermiers locaux, et point de rencontre pour les habitants comme pour les visiteurs.
À quelques kilomètres, le vignoble de Branceilles fait revivre une tradition viticole ancestrale. Leur cuvée « Mille et une pierres » rend hommage au terroir calcaire de la région, produisant un vin de caractère aux notes minérales prononcées. Une dégustation s’impose pour les amateurs souhaitant découvrir cette appellation confidentielle.
Explorer l’horizon au-delà des remparts
Curemonte constitue une base idéale pour rayonner dans une région exceptionnellement riche en patrimoine. Dans un rayon de 20 kilomètres, plusieurs sites majeurs complètent parfaitement cette escapade médiévale.
- Collonges-la-Rouge (9 km) – Un village entièrement construit en grès rouge flamboyant, offrant un contraste saisissant avec les pierres ocres de Curemonte
- Beaulieu-sur-Dordogne (8 km) – Surnommée « la Riviera limousine », cette cité médiévale bordée par la Dordogne abrite une abbatiale romane remarquable
- Turenne (20 km) – Ancienne vicomté puissante dont dépendait Curemonte, avec un château offrant une vue panoramique à 360°
- La Chapelle-aux-Saints (3 km) – Abritant le Musée de l’Homme de Neandertal sur le site même d’une découverte paléontologique majeure
- Altillac (15 km) – Pour des activités de pleine nature : canoë sur la Dordogne, baignade et parcours de golf
Les randonneurs apprécieront particulièrement le circuit balisé « Autour des châteaux », une boucle de 6,9 kilomètres qui permet d’embrasser Curemonte sous tous ses angles, alternant passages en sous-bois et traversées de prairies offrant des points de vue privilégiés sur le village médiéval.
Conseils pour une visite réussie
Privilégiez une visite hors saison ou tôt le matin pour profiter pleinement de l’atmosphère authentique de Curemonte sans les foules estivales. Le village se découvre idéalement à pied, prévoyez donc des chaussures confortables.
Le stationnement est limité dans le village même. Utilisez préférentiellement le parking aménagé à l’entrée du bourg. Si vous recherchez un moment particulièrement magique, assistez au coucher de soleil depuis le point de vue – les pierres du village s’embrasent alors de teintes dorées spectaculaires.
Les mercredis soirs d’été, un petit marché nocturne s’installe sous la halle, offrant l’occasion idéale de dîner en plein air tout en découvrant les produits locaux dans une ambiance conviviale.
L’empreinte d’un passé prospère
Si Curemonte fascine aujourd’hui par sa quiétude, le village fut autrefois un centre relativement prospère. Mentionné dans les textes dès 860, il connaît son apogée entre le XIVe et le XVIIe siècle sous l’influence de la puissante vicomté de Turenne.
Cette période faste a laissé son empreinte dans l’architecture civile du village. En prêtant attention aux façades, on découvre des maisons nobles aux détails raffinés : tourelles d’escalier, fenêtres à meneaux finement sculptées et écussons témoignant du statut de leurs propriétaires.
Le village bénéficiait alors d’un statut particulier au sein de la vicomté, jouissant de privilèges fiscaux qui favorisèrent son développement économique. L’intégration tardive à la couronne de France, en 1738 seulement, explique en partie la préservation exceptionnelle de son patrimoine architectural, moins affecté par les grandes transformations urbaines que connurent d’autres cités.
Ce passé médiéval intact fait aujourd’hui le bonheur des cinéastes. Plusieurs productions historiques ont choisi Curemonte comme décor naturel, renforçant sa réputation de village authentique où le temps semble s’être arrêté.
Un écrin préservé dans l’écume du temps
Curemonte incarne à la perfection ces lieux rares qui semblent échapper aux affres de la modernité sans pour autant se figer dans une mise en scène artificielle. Ici, les pierres racontent simplement une histoire millénaire, celle d’hommes et de femmes qui ont façonné ce village au fil des siècles.
Loin du tumulte des grands sites touristiques de la région comme Rocamadour ou Sarlat, Curemonte offre une expérience plus intime, plus authentique. Les visiteurs attentifs y découvriront non pas un musée à ciel ouvert, mais un organisme vivant où les traces du passé cohabitent harmonieusement avec la vie contemporaine.
Cette authenticité préservée est sans doute le trésor le plus précieux de Curemonte. Dans un monde où le patrimoine est souvent surexploité ou dénaturé, ce village témoigne qu’il est possible de maintenir l’équilibre délicat entre conservation et vitalité.
Qu’on y passe quelques heures ou une journée entière, Curemonte laisse une empreinte durable dans l’esprit du voyageur – celle d’un lieu où l’histoire n’est pas un concept abstrait mais une présence tangible, inscrite dans chaque pierre, chaque ruelle, chaque panorama qui s’offre au regard.










